Interventions: Statements of the Permanent Observer Mission of the Holy See to the United Nations
 
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Intervention de Son Excellence Monseigneur Francis A. Chullikatt,

Nonce Apostolique

Observateur Permanent du Saint Siège auprès des Nations-Unies

dans le cadre de la 46ème session

de la Commission sur la Population et le Développement

New York, le 24 avril 2013.

Monsieur le Président,

 Ma délégation vous présente, ainsi qu’aux membres du bureau de la Commission, ses félicitations pour votre élection et est heureuse de pouvoir travailler avec vous, durant cette session, sur les besoins urgents de nos frères et sœurs se trouvant dans une situation d’insécurité et de précarité liée à leur migration.

 La mondialisation économique, en mettant de plus en plus les êtres humains en contact les uns avec les autres au-delà des frontières, a contribué à la création et au renforcement de liens d’amitié et de fraternité au sein de la famille humaine. En même temps, les inégalités sociales et économiques croissantes ont été une source de division dans le monde et entre les hommes. Des situations de précarité socio-économique insoutenables ont contraint de plus en plus d’individus, de familles et de communautés entières à poursuivre leur destinée dans des pays étrangers et les ont conduits à quitter leur foyer et leurs familles dans l’espoir d’un avenir plus sûr dans d’autres pays et communautés. De plus, des millions de personnes sont contraintes chaque année à quitter leurs terres et celles de leurs ancêtres afin d’échapper aux dangers de la guerre, des crises humanitaires, des troubles civils et de la famine. « En effet, qu’elle soit due à une recherche de meilleures conditions de vie ou à une fuite face aux persécutions, aux guerres, à la violence, à la faim et aux catastrophes naturelles, la migration a conduit à un brassage de peuples sans précédent, assorti de problèmes et de défis nouveaux »[1].

 Les migrations aujourd’hui constituent « un phénomène social caractéristique de notre époque »[2] dans lequel les familles sont séparées de force, les enfants rendus vulnérables, les travailleurs victimes d’abus sans possible voie de recours, les migrants emprisonnés sans que leurs droits humains et leur dignité ne soient respectés. Les femmes migrantes, en particulier, sont menacées de devenir l’objet d’abus sexuels et de la traite comme si elles étaient de simples marchandises. A cet égard, ma délégation est satisfaite de voir que dans son rapport[3], le Secrétaire Général a mis en évidence la nécessité de promouvoir la réunification des familles, l’intégration des migrants, la reconnaissance des qualifications des travailleurs migrants, de nouvelles approches pour venir en aide aux migrants âgés, la réduction des coûts pour le transfert de fonds, ainsi que la protection des travailleuses domestiques et des migrants en situation irrégulière, en particulier les femmes et les enfants vulnérables à l’exploitation sexuelle ou professionnelle, aux abus et à la traite des êtres humains.

 Les solutions offertes aux situations difficiles auxquelles font face des millions de nos frères et sœurs doivent être profondes et durables, afin de ne pas empirer une situation déjà tragique pour beaucoup. Alors que les Etats sont dotés d’un droit de protéger l’intégrité de leurs frontières territoriales, la dure réalité du phénomène de migration nécessite de mesurer ce droit au droit des personnes de migrer et d’accéder à un niveau de vie conforme à leur dignité humaine. Aussi le contrôle des frontières nécessite-t-il un traitement juste et miséricordieux des migrants, plutôt que de les considérer comme des criminels dangereux ou des éléments rejetés de la société. Cela nécessite aussi d’étendre aux migrants le bénéfice d’une protection juridique et le respect des droits universels, indépendamment de leur statut juridique, en particulier, le droit à la vie, au développement, à l’éducation, à l’habillement, à l’alimentation, au logement et aux soins de santé primaire.

 Monsieur le Président,

 Le premier pas vers la solution doit être la franche reconnaissance de la présence de migrants parmi nous, et la reconnaissance de leur humanité. C’est une réalité qui ne peut être écartée. La présence de migrants parmi nous nous confronte à une question qui n’est pas nouvelle : « Qui est mon prochain ? »[4] et invite les pays d’accueil à évaluer leur hospitalité et leur engagement par rapport à la dimension de fraternité garantie par le tout premier article de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

 Les migrants comptent parmi « les simples, les humbles, les pauvres, les oubliés » pour qui le Pape François a plaidé dans sa récente homélie du dimanche des Rameaux[5] : « ceux qui n’ont pas d’importance aux yeux du monde ». Leur dignité humaine nécessite le respect de leurs droits fondamentaux, y compris le droit de migrer. Les migrants sont des personnes humaines, des pères et des mères, des fils et des filles, des membres de la famille humaine, luttant avec des difficultés auxquelles nous sommes tous confrontés, mais souvent dans des circonstances infiniment plus difficiles. Cela devrait favoriser l’établissement d’un sens plus fort de la solidarité entre personnes et parmi les nations, ce qui nécessite une collaboration entre les pays d’origine et de destination et l’adoption de normes internationales adéquates afin de protéger les droits des migrants et des membres de leurs familles.

 Monsieur le président,

 La quête courageuse des migrants pour le bien de leur famille les prédispose naturellement à servir d’inspiration pour leurs communautés d’accueil. Leur présence, leur courage et leur volonté de travailler est une aubaine pour les économies des pays de destination et d’origine, et un enrichissement du bien commun à travers les cultures et valeurs qu’ils portent. Ils sont la source d’un immense potentiel social et économique qui doit être nourri pour ne pas risquer d’être gaspillé. Le Secrétaire Général a fait état d’une augmentation de quelques soixante millions du nombre de migrants internationaux durant les vingt dernières années, dont la plupart ont émigré depuis des pays en développement vers les pays développés – ce qui permet de souligner aussi que les familles de migrants fournissent des ressources humaines vitales  dans ces régions du monde confrontées au vieillissement rapide de la population, et où les taux de fécondité sont souvent bien en-dessous des taux de renouvellement. Ainsi, le phénomène de la migration apporte beaucoup d’avantages aux pays d’accueil – et cela devrait être honnêtement admis et adéquatement reconnu d’un point de vue juridique.

 In fine, la seule réponse appropriée au phénomène actuel des migrations doit être le développement des pays d’origine, dont la rencontre avec l’économie mondialisée n’a pas rendu capables de répondre aux aspirations légitimes de leur peuple. Le développement des pays les plus pauvres  constitue le défi réel et urgent que nous confrontons en tant que famille humain. Il nous appelle à un engagement actif et concret. Redoubler les contrôles aux frontières ou resserrer les restrictions de visa ne sert qu’à renforcer la détermination des migrants et leur prise de risques, aggravant ainsi un sens d’aliénation civique au point de menacer la stabilité et le bien commun. Une telle approche contribue à canaliser la force d’un formidable bien potentiel à des fins opposées.

 De plus, nous ne pouvons pas manquer de reconnaître l’impact que l’adoption de politiques draconiennes de contrôle de population a produit sur des pays dont les populations ne peuvent plus subvenir à leurs besoins, ni l’impact destructeur que la promotion forcée de notions nocives, telles que les droits reproductifs, a eu sur les familles des migrants, banalisant le mariage et la famille et déniant le droit à la vie de l’enfant à naître. Une telle promotion du contrôle démographique comme voie de développement a aussi conduit certains Etats à avoir recours à l’avortement forcé et à la stérilisation comme moyens pour contrôler ou atténuer l’impact démographique et racial des migrants sur leurs pays. Les Etats, au contraire, ont le devoir de promouvoir la famille, « cellule fondamentale de la société »[6], de manière à soutenir une institution où les relations de demain doivent être cultivées.

 Monsieur le Président,

 Ma délégation continuera à plaidoyer pour et à offrir des ressources économiques, sociales, politiques, culturelles, éthiques et religieuses aux migrants, indépendamment de leur statut juridique. Elle espère qu’à travers cette session, nous puissions trouver la volonté politique, juridique et économique nécessaire à améliorer la vie des migrants et réfugiés.

 Monsieur le Président, je vous remercie.

 



[1] Message pour la Journée mondiale 2012 du Migrant et du Réfugié.

[2] Lettre encyclique Caritas in Veritate, n 62.

[3] E/CN.9/2013/3.

[4] Luc 10,29.

[5] Homélie du dimanche des Rameaux, 24 Mars 2013.

[6] Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, article 16. 


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